LA MORESCA DES SCHIZOPHRENES

LA MORESCA DES SCHIZOPHRENES

la-moresca-des-schizophrenes-
Audio : 9.90 € Acheter (A télécharger)
Numérique : 5.90 € Acheter (A télécharger)
Papier : 10.00 € Acheter

Synopsis : La découverte d’un cadavre à l’Université lyonnaise de la Sainte Barbe, suivie de mystérieuses disparitions estudiantines propulseront les inspecteurs Camille Sora et Michel Vega dans le chaos d’un road movie Italo/Français des plus ésotériques!
Rajoutons à cela une prêtresse Vaudou reine de la Camorra Florentine,  un commissariat en pleine déroute sentimentale, une femme de ménage extra lucide, des profs négationnistes, une karateka au sang d’Alien, un chien télépathe, des Fet’Unta imbibés d’huile d’olive piquante, des crostinis fondants et du Barbera…

Ici, plus que jamais, la patte de Pat Milesi nous happe avec suspens, humour noir et dérision pour nous recracher 250 pages d’une Moresca endiablée
plus loin !
A dévorer sans modération.

Le Progrès :

logo-tache

Extrait 1 :
1/ ... Lyon. Université Sainte-Barbe.

- Mais pétard ! Où donc sont passés ces foutus clébards ? Ah non, vraiment ! Pas le moment… Et surtout pas ici !
Mia Tarra, sculpturale femme de ménage à la cinquantaine rayonnante, souffla la mèche blonde qui lui retombait sur l’œil.
- Pantoufle, Camelot !!! tenta-t-elle le plus discrètement possible.
Alors qu’elle commençait à paniquer, les deux chiens déboulèrent enfin des escaliers en patinant sur le lino glacé de l’université.
- Nom d’un petit bonhomme ! siffla-t-elle entre ses dents. Mais vous étiez où encore ? Si quelqu’un vous voit là, je… Mais, Pantoufle… Tu saignes ?
La chienne, huit kilos de bâtarde serpillière ras le plancher, barbouillée de rouge, s’immobilisa face à elle.
Mia envoya balader seau et torchons. Se pencha sur l’animal. Saisit sa gueule d’une main experte. Chercha la plaie.
Huit années d’assistance vétérinaire à mi-temps lui avaient offert le geste sûr, le diagnostic prompt.
Elle fronça les sourcils.
- Rien…
Fonça alors sur Camelot, assis bien sagement sur son gros popotin castré.
Du sang collait également à son pelage noir et dru.
C’était donc lui le blessé ?
Que nenni ! Rien non plus…
Apparemment, les bestiaux étaient sains.
Mia plongea une deuxième fois sur cette pauvre Pantoufle qui, redoutant le caractère lunaire de sa patronne, aplatit ses oreilles en signe de soumission. L’ausculta de nouveau.
Camelot se mit alors à japper, queue frétillante.
Manifestement, il tentait de lui dire quelque chose.
- Et bien quoi ?
La chipolata fusa en trombe dans le couloir, Pantoufle à ses trousses.
Mia emboîta le train de l’équipée.
Deux étages plus haut, Camelot débouchait dans l’étage réservé au personnel administratif de la bibliothèque de l’université. Il traversa le couloir, s’engouffra dans le bureau du directeur dont la porte était bizarrement entrouverte, puis s’arrêta, haletant, devant les toilettes.
- Alors patronne, semblait-il lui dire. Qu’est-ce que tu penses de ça ?
Une grosse tâche de sang s’étendait par dessous la porte. Des fleurs rouges parsemaient le sol tout autour. Certainement les traces de pattes des deux goinfres, qui avaient dû s’en donner à cœur joie.
Un si bon frichti à quelques heures de la soupe…
Mia souffla.
- Ah, ben là… C’est pas la merde !

Extrait 2 :

Lyon. Université Sainte-Barbe.

Bréju, le légiste et les Dupont, spécialistes du laser fluorescent et de la pipette mutante, travaillaient en confiant leurs premières impressions à un dictaphone.
Une foule de curieux s’agglutinait à présent dans le couloir pour tenter d’apercevoir les derniers outrages infligés au cadavre.
Maryse Dufflot, agent de terrain et ressource précieuse du commissariat du 7ème arrondissement de Lyon, filtrait les entrées.
Une des épaules du mort était coincée dans la cuvette des toilettes.
Une grande et profonde entaille lui avait décalotté la glotte. L’angle du cou était si vrillé qu’on pouvait y voir vibrer la moelle épinière par transparence.
Les trois hommes tendirent le corps à l’équerre pour tenter de l’en extraire. En vain… La clavicule restait obstinément bloquée à l’intérieur.
- Dites donc, vous là, ordonna Bréju en sueur, visant le vigile de l’université d’un œil excédé -ce dernier, accoudé au chambranle, grignotait nonchalamment des pistaches- au lieu de vous empiffrer de ces cochonneries, passez donc une combinaison et venez nous aider !
L’homme, qui répondait au doux patronyme de Francis Bertiau, ancien légionnaire au visage couturé, glissa le paquet de noix dans sa poche, revêtit une charlotte, une blouse, des chaussons de protection, enfila des gants en latex puis s’avança.
- Poussez-vous ! prévint-il l’assemblée. Je m’en charge…
Il saisit alors le corps sous les aisselles et le dégagea d’une brusque torsion sur la gauche.
Un craquement sinistre accompagna la manœuvre. La peau céda sous la pression, le sang gicla.
La tête se décrocha du tronc, atterrit sur le sol dans un bruit mat, roula jusqu’aux pieds du président de l’université, Martial Satrappe, qui venait tout juste de pénétrer dans la pièce en arguant de sa position de pouvoir.
Épouvanté, le haut fonctionnaire vomit une portion de grosses crevettes aux herbes, gobées quelques minutes plus tôt dans un des innombrables cocktails que sa fonction l’obligeait à honorer.
Le jet verdâtre -émaillé de carapaces- atterrit malencontreusement sur le visage du mort dont la tête ressemblait à présent à s’y méprendre à du veau sauce gribiche. Un rictus étirait ses lèvres, offrant un diabolique sourire à l’assemblée horrifiée.
Un ange noir passa.
Le légiste, levant les mains au ciel, s’en prit au vigile.
- Mais bordel ! Si c’était pour…
Bertiau se défendit.
- M’avez demandé de le sortir non ? Ah ben, il est dehors maintenant… Devriez plutôt me remercier oui ! Il pointa le président d’un doigt accusateur. Pas de ma faute si y en a qu’ont l’estomac fragile ici…
Il déchira sa combinaison, la jeta par terre puis, furieux, sortit au pas de charge en lançant :
- Toujours pareil avec ces chochottes ! Ça m’apprendra à rendre service, tiens ! Puisque c’est comme ça, je m’en retourne au Central. N’aurez qu’à m’appeler si vous avez besoin. Ah mais…  
- Regardez-moi ça ! aboya alors Bréju au comble de l’exaspération. Tout est crépi maintenant… Il visa Satrappe d’un doigt agressif et ordonna : Dégagez-moi ce gars-là du périmètre de sécurité avant que je ne l’incorpore dans la scène du crime de mes propres mains. Et que ça saute !
Quelques enchiladas, arrosées d’un chablis des Monts du Lyonnais, réclamant elles aussi un aller-retour imminent, le haut fonctionnaire ne se fit pas prier. Il s’éjecta de lui-même dans le dessein de régler rapidement ses petites affaires digestives en privé.
Entre les piétinements et les vomissures, il ne serait pas facile de trier le bon grain de l’ivraie…
Le corps avait été poignardé à plusieurs reprises.
Le plus difficile restait de savoir s’il avait été encastré avant ou après le lardage dans la cuvette des toilettes.
Si, pour un profane, cela semblait revêtir peu d’importance, pour un juge d’instruction en revanche, la résolution de cette énigme représenterait de l’or.
Cela donnerait des indications sur les intentions du tueur.
Préméditation ? Coup de folie ? Mise en scène machiavélique ? Affolement ? Bref, autant d’indices qui permettraient de juger de la gravité de l’acte devant un tribunal.
C’est ce que Bréju et les deux Dupont tentaient à présent de définir.
Le cadavre était celui d’Henri Miteck, ancien président de l’université et directeur d’une des plus importantes bibliothèques universitaires de France.
Âgé approximativement d’une soixantaine d’années, il portait les stigmates d’une vie pleine de frustrations. Cou gras, ou tout du moins ce qu’il en restait, visage fripé, traits crispés vers le bas, sillons nosocomiaux creusés et deux yeux en boutons de bottine qui les fixaient à présent d’un vert effaré. Ses cheveux blonds frisés, taillés près du crâne, finissaient de lui donner l’air d’un kapo nazi.
Le gros ventre de l’homme, barbouillé d’un sang épais et noirâtre, servait de terrain d’atterrissage à une multitude de mouches sorties d’on ne savait où. Égarées dans ce monde hyper urbain, leurs antennes capables de sentir un corps en décomposition à plusieurs centaines de mètres, elles vrombissaient en nuage serré autour du cadavre.
Ne le lâcheraient pas !
La chaleur de ce mois de mai caniculaire n’allait pas faciliter la tâche aux scientifiques…

Extrait 3 :

Lyon. Université Sainte-Barbe.

Jacques Burtillon, directeur administratif général de l’université, pour lequel la procédure et le règlement représentaient la quintessence de l’existence, tonitruait.

- Des chiens ? Dans l’enceinte de la faculté ? Mais, vous vous croyez où, hein ?

- Ben… tentait de se défendre Mia, la femme de ménage, c’est juste parce-que…         

- Que quoi ? cracha l’homme en haussant le cou à la manière d’un dindon. La prochaine fois, sortez aussi vos cochons d’Inde, ça nous fera l’Arche de Noé ! Et puis votre blouse, hein ? Elle est où votre blouse ?

Mia le dévisagea, hallucinée. Tendit le pouce par-dessus son épaule.

- Vous ne croyez pas qu’on a autre chose à foutre qu’à s’occuper de la blouse, là ?

- N’essayez pas de noyer le poisson ! tonna l’homme. Le règlement impose clairement le port de la blouse aux techniciennes de surface. Son regard inquisiteur parcourut Mia de haut en bas. Et, en ce qui vous concerne, conclut-il, pincé, je ne vois rien qui y ressemble. Parce que vous, bien sûr, vous êtes au-dessus des…

Le capitaine Camille Sora, belle blonde à forte poitrine, choisit ce moment-là pour débouler du deuxième étage. Elle apostropha la femme de ménage.

- Dites donc vous, les chiens ? Ils sont où ?

- Et bien, répondit Bertillon servile, en bondissant vers elle, je les ai confiés à M. Bertiau, le vigile. Histoire de les laver et de…

- Comment ça, les laver ? s’ahurit Camille. Des pièces à conviction ? Mais vous n’avez aucun sens commun, vous ! Et il est où ce vigile, qu’on récupère cette boulette ?

D’une main moite, le fonctionnaire lui indiqua les escaliers.

- Il vient juste de descendre au Central, par là... Il y a des douches là-bas et…

Camille s’engouffra derechef à la poursuite de Francis Bertiau pour tenter d’éviter l’irréparable.

Mia, que son supérieur hiérarchique commençait à gonfler sérieusement, en profita.

- Voyez, au lieu de me gueuler dessus, feriez mieux de…

Avant que ce dernier ne puisse répondre quoi que ce soit, le brigadier Maryse Dufflot débouchait à son tour des escaliers.

- Excusez-moi, mais je cherche la femme de ménage qui…

- C’est moi, s’empressa de répondre Mia, heureuse d’échapper à la vindicte de son supérieur.

La fonctionnaire de police fonça sur elle, la saisit autoritairement par le bras et l’entraîna vers le palier, sans le moindre regard pour la silhouette coupable de Burtillon.

- Une psychologue vous attend.

- Une psychologue ? s’abasourdit Mia. Il n’en est pas question ! Moi, ce que je veux, c’est juste…

La porte des ascenseurs s’ouvrit.

Le capitaine Michel Vega, grand et bel homme d’une quarantaine d’années, vêtu d’un élégant complet de lin froissé sur chemise de soie, lunettes noires en équilibre sur le nez, en surgit. Il les arrêta.

- Mais vous allez où comme ça, vous deux?

- Elle ? Je ne sais pas ! répondit Mia survoltée en tentant de se soustraire à la poigne de Maryse Dufflot. Mais moi, je vais au Central, récupérer mes chiens !

- Au Central ? S’enquit Vega l’air niais.

- Ben oui ! Au Central… Mia pointa un doigt accusateur vers Burtillon. Figurez-vous que môssieur le directeur administratif, là, n’a rien trouvé de mieux que de les faire laver par cette grande andouille de vigile !

Le capitaine se tourna vers le fonctionnaire incriminé. Ouvrit deux grands yeux incrédules.

- Laver ? Des pièces à conviction ?

PANIER

Votre panier est vide !